Mémoire des profondeurs
Patrimoine subaquatique, recherches et projets de protection le long du littoral algérien.
Le patrimoine culturel subaquatique est l’un des domaines majeurs du patrimoine culturel maritime. En 2001, l’UNESCO a adopté une définition unifiée de ce patrimoine comme « toutes les traces d’existence humaine présentant un caractère culturel, historique ou archéologique, qui ont été partiellement ou totalement immergées, périodiquement ou en permanence, depuis au moins cent (100) ans, comme les sites, structures, bâtiments, objets et restes humains, avec leur contexte archéologique et naturel, ainsi que les navires, aéronefs et autres moyens de transport ou toute partie de leur cargaison ou de leur contenu, avec leur contexte archéologique et naturel, et les objets d’époque préhistorique… ».
Les premières recherches et découvertes subaquatiques en Algérie remontent à la période coloniale française. Elles étaient d’abord des rapports succincts d’amateurs de plongée ou des opérations de dragage sans plongée sur site, la plus ancienne étant la découverte d’un navire Galère et de dizaines d’amphores au port de Cherchell. En 1961, lors des explorations sous-marines dans la baie d’Annaba par l’équipe de plongée Harpon-Club de Bône, plusieurs découvertes ont été enregistrées : vestiges archéologiques, canons et épave. En 1968 apparaissent les premières recherches subaquatiques sur 30 sites du littoral algérien, menées par les chercheurs York et Davidson de l’Université de Cambridge (Angleterre) dans le cadre d’un programme sur les ports antiques d’Afrique du Nord. En 2005, durant un atelier de formation en archéologie subaquatique sous l’égide de l’UNESCO, de l’Université de Malte et de l’Association française de recherche en archéologie navale, avec la participation du Ministère algérien de la Culture et de la Marine, dans le cadre du programme européen « Euromed – Naviguer dans la connaissance », plusieurs objets métalliques ont été découverts (épave du Sphinx) conservés au Musée Maritime National, ainsi qu’une épave transportant dix meules en pierre de la période ancienne, au niveau de la partie est de la baie d’Alger à Tamentfoust.
Plus récemment, en 2017, ont eu lieu les premières interventions sur des sites du patrimoine subaquatique par des plongeurs algériens du Musée Maritime National, qui ont inventorié et documenté plusieurs sites archéologiques engloutis le long du littoral algérien : une vergue d’ancre de navire à la plage de Ramla à Dellys, dix meules en pierre à la plage d’El Marsa Tamentfoust, et vingt‑trois canons dans la baie d’El Hamdania (Tipaza).
Protection et préservation du patrimoine subaquatique
Afin de protéger ce patrimoine contre le pillage et l’exploitation illégale, des conventions internationales et des lois nationales ont été mises en place. Au niveau international, la Convention de l’UNESCO de 2001 sur la protection du patrimoine culturel subaquatique constitue un texte réglementaire essentiel pour protéger ce patrimoine à l’échelle mondiale, faciliter la coopération entre les États et fixer les normes professionnelles nécessaires dans ce domaine. L’Algérie l’a ratifiée et y a adhéré le 30 août 2007.
Au niveau national, la loi 04/98 est la référence législative pour la protection du patrimoine culturel subaquatique, partie intégrante du patrimoine culturel national.
Recommandations de l’UNESCO pour la plongée sur les sites subaquatiques
- Laisser les épaves et vestiges submergés en place sans les déplacer.
- Obtenir une autorisation pour plonger sur les sites concernés.
- Seuls les archéologues peuvent remonter les objets.
- Respecter les mesures visant à protéger les sites.
- Signaler les découvertes aux autorités compétentes et remettre les objets récupérés aux autorités concernées.
- Ne pas vendre notre patrimoine commun.
- Faire preuve de prudence lors de la prise de photos.
Pour valoriser, documenter et protéger le patrimoine subaquatique, le musée a programmé des campagnes de sensibilisation auprès des équipes et associations de plongée pour collecter, documenter et inventorier les sites archéologiques submergés, ainsi que des campagnes de présentation du patrimoine subaquatique et des ateliers d’initiation à la plongée pour les enfants.
Projets du musée
Souhaitant accorder une importance particulière au patrimoine subaquatique, le Musée Maritime National a, dans un premier temps, constitué une équipe de plongeurs qualifiés pour inventorier et documenter les biens et sites submergés, puis mené des campagnes de sensibilisation pour faire connaître ce patrimoine et contribuer à la mise en place de programmes et de mécanismes de protection et de valorisation.
Projet de protection, d’inventaire et de valorisation de la « vergue d’ancre »
À la suite du signalement de M. Farid Kremich d’un bien culturel subaquatique exposé à des tentatives de vol sur la plage de Ramla à Dellys (wilaya de Boumerdès), à une profondeur n’excédant pas six mètres, l’équipe de plongée est intervenue sous la tutelle du Ministère de la Culture et en coordination avec l’association Dolphin des activités de plongée maritime de Dellys, où le bien a été inventorié et documenté.
Après examen et diagnostic, il s’est avéré qu’il s’agissait d’une vergue d’ancre en plomb datant des périodes anciennes (phéniciennes). Pour la protéger contre les tentatives de vol, le Musée Maritime National a proposé un plan d’extraction et de transfert de la vergue vers le musée pour sa valorisation et sa conservation, où les phases de recherche et d’étude seront poursuivies.
Projet d’inventaire et de documentation du site archéologique subaquatique « dix meules »
Le site se situe au niveau de la plage d’El Marsa à Tamentfoust, à l’est de la baie d’Alger, à une profondeur de 1,5 mètre et à environ 50 mètres du rivage. Il s’agit d’un ensemble de dix (10) meules en pierre de forme circulaire, de 138 cm de diamètre et 38 cm d’épaisseur. Ces biens culturels subaquatiques constituent une cargaison d’épave qui conserve les vestiges de meules en pierre dont la forme et les dimensions indiquent qu’elles étaient destinées à un moulin à huile (« Moulin à huile »), apparu au Ve siècle av. J.-C. et appelé « Trapetum » par les Romains.
Plan de l’épave des « dix meules » (GRAN)
Projet d’inventaire et de documentation du site archéologique subaquatique « 23 canons »
Plusieurs études et recherches académiques ont signalé l’existence d’un site archéologique subaquatique comprenant 23 canons au Rocher Blanc à El Hamdania (Tipaza). Ainsi, le 23 juillet 2018, après obtention d’une autorisation de plongée du Ministère de la Culture, l’équipe de plongée est intervenue pour explorer le site et a effectué une documentation photographique, un inventaire et un comptage des 23 canons, établi des fiches techniques pour chaque canon et réalisé un plan général de leur répartition sur le site.
Dans le cadre de la protection des biens culturels subaquatiques situés dans la zone de réalisation du Port du Centre à El Hamdania (Cherchell, Tipaza), l’équipe de plongée du Musée Maritime National, en coordination avec le Centre national de recherche en archéologie, contribue au choix d’un site subaquatique adapté pour le transfert des 23 canons depuis leur emplacement d’origine.
Projet « Extension marine de la zone tampon du site archéologique de Tipaza »
À la suite de la décision 46COM 7B.25 du Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO, relative à l’état de conservation du site archéologique de Tipaza (Algérie), qui « encourage l’État partie algérien à finaliser dans les meilleurs délais les études relatives à l’extension marine de la zone tampon… »
Le projet est sous la tutelle du Ministère de la Culture et de ses établissements sous tutelle (Centre national de recherche en archéologie, Musée Maritime National, Office national de protection et d’exploitation des biens culturels protégés, Direction de la Culture et des Arts de Tipaza).
À cette fin, les études relatives à l’extension marine de la zone tampon ont été reprises et des opérations de prospection et de levés sous-marins ont été lancées pour son bassin maritime, l’équipe de plongée du musée participant au sein de l’équipe commune des institutions impliquées dans ce projet.